19/09/2010

Genève, cimetière des éléphants ?

A propos de la résolution pour le défilé des éléphants du cirque national suisse Knie.

Pour rappel, cette résolution de l'UDC invite  le Conseil d'Etat « à prendre toutes mesures et décisions afin que les sympathique défilé, petit déjeuner et salut des autorités par les éléphants du cirque Knie soient rétablis dès 2011 ».

Le cirque Knie réfute la question financière, évoque l'éléphante fugueuse Sabu et doute de la possibilité du rétablissement de cet évènement dans le futur. Le Matin me dit mal renseignée, à côté de la plaque, mais passe à côté de l'essentiel.

En fait, sécurité et coût son intimement liés et la place de l'éléphant dans les rues de Genève pose  la question, plus vaste, de la place que nous sommes prêts à accorder de la nature dans la ville mais surtout dans nos têtes.

Cette question ne date pas d'aujourd'hui. En 1820 déjà, un éléphant devenu furieux dut être abattu d'un coup de canon dans la tête. Le journal de Genève dans son édition du 15 mars 1827, s'émeut du sort d'un éléphant arrivé à cette période de l'année en espérant qu'il n'aura pas la même destinée que celui qui se trouve alors au musée d'histoire naturelle (abattu en 1820). En 1837, survint un évènement semblable, « miss Djeck » qu'on exhibait depuis le mois de mars, donna des signes d'agitation et fut amenée dans les fossés  de Rive avant d'être abattue trois mois plus tard d'un coup de canon, elle aussi. (Source :  Musée militaire genevois)

Jusqu'à ce que James Fazy les fasse tomber au 19e siècle, les anciennes fortifications de Genève démarquaient  l'espace de l'Homme, civilisé et sûr, de celui d'une nature sauvage et crainte. Cette frontière abolie, l'Homme s'est approprié tout l'espace. N'est-il pas en train de créer de nouvelles barrières, mentales cette fois, entre la nature qu'il idéalise et prétend aimer, bien souvent virtuelle, et celle qu'il tolère effectivement dans son quotidien, réduite à une chien, docile, tenu en laisse (sans crottes s'il vous plait...) et aux arbres, mobilier urbain que l'on change au gré des visions urbanistiques ?

Mais notre propre animalité s'accommode mal de notre quête d'humanité. Un éléphant dans la ville nous confronte à nous-mêmes, à la crainte mêlée de désir, au pincement d'adrénaline, à l'émotion intense qui pimente la vie rencontrée pour de vrai.  « Là où il y a les éléphants, il y a la liberté ... »  (Romain Gary, Les racines du ciel).

L'échappée inattendue de l'éléphant Sabu, dans la Banhofstrasse en est l'exemple parfait. Bestial ! On adore,  on a peur,  on en reveut, mais sans les risques. Merci au propriétaire d'assurer la sécurité  et d'en assumer le coût. Le cirque Knie aura-t-il encore  les moyens d'assurer  à la fois  le spectacle impromptu  et le coût de la sécurité que nous exigeons  aujourd'hui pour qu'un élément de nature exotique vienne titiller notre quotidien ?

A nous de savoir quelle rencontre avec la nature nous privilégierons  pour nos enfants, celle  du steak dans l'assiette, celle du vivant dans la savane ou, plus à la portée de tous, celle de  l'éléphant dans nos rues une fois l'an ?

Christina Meissner, députée UDC

 

Commentaires

Chers amis,

Comme beaucoup doivent déjà le savoir, je suis une amie des animaux et j'apprécie en particulier les éléphants. Voici une idée pour mettre tout le monde d'accord le jour du défilé, si jamais il sera rétabli. Oublions nos voitures, prenons nos bicyclettes et les transports publics pendant quelques heures, le temps de l'apéro de nos chers petits éléphants, car je pense que c'est certainement le bruit des voitures qui leur font si peur, qui sait peut-être que la grande "Patma" que je pense doit être aujourd'hui à la retraite, n'aura pas si peur de circuler parmi nous? Bonjour les éléphants, nous vous apprécions tant....!
Esmé

Écrit par : Esméralda | 20/09/2010

Triste tentative de pirouette pour se sauver du ridicule!

Il existe de VRAIS problèmes à Genève, mais vous choisissez de consacrer votre temps à des éléphants en promenade dans les rues!

Madame la députée, ne savez-vous pas qu'avec les élus et comités UDC Genève,bien passé(e)s de date, les éléphants (ou dinausaures) se promènent déjà bien de trop dans nos troquets?

Mais aussi, la faune et la flore locales sont bien plus passionnantes que de tristes pachydermes prisonniers, non?

Écrit par : A.Meyer | 20/09/2010

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