07/12/2010

La mort en direct

A propos d'un jugement emprunt d'humanité sur l'euthanasie (Tribune de Genève du 7 décembre 2010)

L'attitude de mes parents face à la mort était on ne peut plus différente, mon père ne voulait pas en parler alors que ma mère avait réglé de son vivant jusqu'au faire part de son décès.

Leur heure venue, mon père ne voulait  pas mourir, au contraire de ma mère qui ne supportait plus la décrépitude de son corps.

J'aurais tout fait pour que mon père puisse encore vivre car je l'aimais et le respectais profondément. Impuissants, les médecins ont soulagé ses douleurs des jours durant et il est mort dans mes bras.

La détermination inébranlable de ma mère heurtait le corps médical  formé à sauver des vies et le dialogue fut  très difficile. J'ai tout fait pour que sa volonté  d'en finir soit respectée et je n'aurais pas hésité à administrer moi-même la piqûre létale à ma mère car je l'aimais et la respectais profondément.

Vivre la mort en direct de mes parents m'a appris mieux que toute dissertation, que ce qui compte par-dessus tout, c'est le respect  du choix personnel, de vivre ou de mourir.

 

09:30 Publié dans Politique | Tags : euthanasie | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Chère Xtina,

..quel touchant témoignage tu nous livres ici et j'avoue que cela m'a profondément touchée...

Je comprends ton point de vue, ayant vécu la perte d'un être cher.

Mon père s'est également éteint dans mes bras, à la maison auprès des siens.
Je n'avais alors que vingt ans...j'ai soupçonné (ou ai voulu me convaincre..?) que le médecin avait administré des médicaments de sorte que mon père soit plongé dans une forme de coma et parte en douceur....je remercie encore aujourd'hui, même avec le recul, ce médecin qui a permis à mon papa de partir en paix...

Bien à toi chère Xtina

Écrit par : Valérie | 07/12/2010

Merci, Christina, de ce témoignage.

Je partage également cette conviction du "choix personnel".

Car, dans les faits, un être souffre atrocement dans sa chair et souhaite partir et, autour, les proches n'acceptent pas le chagrin de la perte d'une personne aimée et... prolonge ses souffrances.

Qui a tort ? Qui a raison ?

L'alternative du "départ" prématuré ou non doit rester le choix de la personne concernée. Souvent, cette décision ultime découle de toute une philosophie de vie.

Écrit par : Le Plébéien | 07/12/2010

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