29/04/2012

De Biogen à Merck, un Allinghi transformé en Titanic

Merck n'est peut-être pas une entreprise aussi Suisse que Novartis mais une bonne partie de ses employés sont, eux, bel est bien encrés dans notre région depuis des décennies.  Dire aujourd'hui que la fermeture du site de Sécheron est le résultat d'une politique hostile aux multinationales est un bouc émissaire un peu facile. La raison est à rechercher davantage du côté d'une croissance qui a dépassé les limites du financièrement et numériquement supportable.

L'histoire commence en 1978, avec une petite entreprise nommée Biogen qui avait son siège à Genève. La recherche est dynamique. Elle se concentre sur le système immunitaire et amène à la découverte de l'interféron, au développement de l'Avonex puis en 1986, à la production de l'Intron avec comme partenaire de production Schering Plough (...devenu aujourd'hui Merck). A l'époque Biogen compte quelques 200 employés, dont moi. Fin des années nonante, Biogen quitte Genève et concentre ses activités aux Etats-Unis. Ses locaux de Batelle, des Acacias et ses employés sont rachetés par le groupe britannique GlaxoWellcome. Le centre de recherche est regroupé dans la nouvelle zone industrielle de Plan-les-Ouates (aujourd'hui Eclosion). Les employés du début sont toujours là, ils sont rejoints par de nouveaux chercheurs. Tous sont abandonnés en 1997 par les dirigeants anglais. Serono entre en scène, engage davantage, et voit grand en construisant pour 350 millions un centre à la hauteur de ses ambitions à Sécheron. Dix ans plus tard, le fier Bertarelli, sentant le vent tourner et le bateau couler revend le tout à Merck. La croissance des années 2000 a clairement contribué à précipiter le paquebot Merck-Serono vers le fond. Le 23 avril 2012, il coule et avec lui, 1250 employés. Ils sont mille de plus qu'il y a 30 ans, et les canots de sauvetage sont insuffisants pour les sauver tous. J'ai quitté, il y a bien longtemps le navire, mais je n'oublie pas ceux que j'ai connu alors, et qui y sont encore. Leur fidelité sans faille mérite qu'on leur trouve un ultime canot pour les sauver du naufrage.

Plus largement, cet Allinghi transformé en Titanic, devrait nous amener à réfléchir, sur notre avenir. Et à ne pas poursuivre un développement démesuré et insupportable pour notre petit canton.

En novembre 2011, j'avais déposé une résolution qui devait permettre au gouvernement d'anticiper plutôt que subir. Qu'a-t-il fait à ce jour ?

Rappel historique issu d'un article de l'Hebdo de juillet 2001

Les promesses de la biotechnologie ont provoqué la naissance de nombreuses start-up dans la branche. Les pionnières furent toutes américaines: Amgen, Biogen, Chiron et Genentech. Ces deux dernières firmes tombèrent cependant dans le giron de, respectivement, Novartis et Roche. En 1996, le secteur de la biotechnologie regroupait déjà aux Etats-Unis près de 1300 entreprises employant 118 000 collaborateurs, contre 700 sociétés européennes totalisant à peine 27 500 employés. Mais le fossé se comble année après année: en 2000, selon une étude du consultant Ernst & Young publiée fin avril, près de 1600 firmes européennes étaient désormais actives dans ce secteur, contre moins de 1300 outre-Atlantique. Avec plus de 60 000 personnes travaillant en Europe dans les sciences de la vie, l'effectif a donc doublé en cinq ans alors qu'il n'a que faiblement progressé aux Etats-Unis.

Problème: les pertes restent colossales dans cette branche: 1,5 milliard d'euros en Europe, près de 6 milliards d'euros aux Etats-Unis. Les firmes du Vieux Continent sont plus rentables que les américaines: les déficits des premières progressent au même rythme que les chiffres d'affaires, alors que les «trous» des secondes dépassent de loin la hausse des revenus.

Si beaucoup de sociétés investies dans les sciences de la vie barbotent encore dans les chiffres rouges, ce n'est le cas ni de Biogen ni de Serono. La multinationale genevoise a dégagé en 2000 un bénéfice net de 300 millions de dollars, par rapport à un chiffre d'affaires de 1,2 milliard de dollars. (ndlr : en 2011, 750 millions de bénéfice pour un chiffre d'affaire de 12 millards...)

 

15:45 Publié dans Politique | Tags : biogen, glaxo, serono, merck | Lien permanent | Commentaires (0)

Croissance quand tu nous tiens...

Le nombre d'êtres humains ne cessant de croître, notre société est donc forcéement basée, depuis la nuit des temps,  sur la croissance. Il nous faut sans cesse inventer de nouveaux besoins pour alimenter le système, qui nous alimente nous-mêmes :

La recherche pharmaceutique coûte cher, très cher et quand les chercheurs cherchent, mais ne trouvent plus grand-chose, alors on invente des maladies pour sauver la boîte et avec elles des milliers d'emplois. Il en va ainsi de « maladies » qui ne sont rien d'autres que des processus normaux liés au vieillissement tels le cancer ou l'ostéoporose (réf. émission Cash du 27 avril 2012 sur Fance2). Plus près de chez nous, Merck-Serono compte sur l'Erbitux, un médicament contre le cancer pour sauver l'avenir de ses derniers sites suisses et donc les emplois qui y sont liés.  Le cancer deviendra-t-il un mal nécessaire ?

Le monde merveilleux de l'agro-alimentaire contrôle les semences, pesticides et autres dangereux transgéniques (ref. Le monde selon Monsanto de Marie Monique Robin). En font partie des multinationales comme Syngenta, ou Monsanto qui  ont leur siège en Suisse et font vivre des milliers de familles en Suisse (au détriment des paysans du Sud d'ailleurs). Faut-il empoisonner notre terre  et des auxiliaires aussi précieux que les abeilles pour sauver les emplois de l'agrochimie ?

Et que dire de tous ces produits de consommation courante, du smartphone à l'aspirateur dont on ne cesse d' « inventer » de nouvelles versions. Non que les anciennes soient mauvaises ou irréparables. Mais parce que l'obsolescence programmée est nécessaire pour faire tourner la machine à produire, consommer, jeter, et même recycler.

Cette soif d'infini ne peut se développer durablement mais aucun pays, aucune multinationale et aucun mouvement n'est aujourd'hui assez fort, puissant ou téméraire pour arrêter le cycle infernal de la croissance. Alors pour sauver les entreprises humaines et leurs emplois, on continuera à consommer, quitte à en crever demain.

Si  l'on peut comprendre la difficulté de tels choix, liés à l'emploi, ceux liés au profit, sont justes incompréhensibles et insoutenables. Qu'attend-t-on pour  interdire de jeu,  tous ceux qui sans état d'âme aucun, parient sur le prix des denrées alimentaires pour alimenter leur portefeuille d'actions ?

 

16/03/2012

Ras l'agglo

Le projet d'agglo a pour objectif d'une part de rééquilibrer la répartition des emplois et des logements entre la Genève et la France voisine et d'autre part préparer la région à accueillir encore davantage d'habitants et d'emplois.

Quand on a déjà près de 100'0000 emplois de plus à Genève que d'habitants pour les occuper et déjà plus d'habitants à Genève que de logements pour les accueillir, il faut d'abord résoudre ce déséquilibre-là. Vouloir en même temps  accueillir  200'000 habitants et 100'000 emplois  de plus, c'est amplifier le problème et non le résoudre. Les habitants de la région attendent du projet d'agglo des réponses à leurs conditions de vie d'aujourd'hui.

L'absence de réponse du projet d'agglo sur comment freiner cette croissance exogène pourrit nos relations de bon voisinage en dressant Genevois et Français de la région les uns contre les autres alors même que nous partageons le même territoire.

Nous sommes dans la démocratie la plus directe qu'il soit, mais le peuple ne pourra se prononcer ni sur le projet d'agglo ni sur son application au niveau cantonal, à travers le plan directeur 2030. Ce déni démocratique est à corriger au plus vite et pas juste via des forums ou des processus participatifs innovants, mais tout simplement en utilisant l'outil existant, le vote populaire.

Suite d'une longue liste de blogs sur le même sujet

 

29/02/2012

Le peuple n'élira pas un PLR, un Socialiste ni même un MCG

Le peuple a envie d'élire une personnalité capable de dépasser les clivages politiques pour penser d'abord à Genève, prête  à défendre ses habitants et à répondre à leurs besoins d'emploi, de sécurité, de logement et d'environnement de qualité. Le peuple n'élira pas un promoteur, un avocat, un habitué de la politique ou un novice mais une personne capable de s'identifier à l'autre, de travailler en équipe, de faire avancer les dossiers  dans un esprit non partisan.  Le peuple veut un être charismatique et non pas d'un apparatchik. Mais quelles que soient ses qualités ou sa couleur politique, cet homme ou cette femme devra composer avec 6 autres conseillers d'Etat rodés à l'exercice du pouvoir. Sauront-ils faire preuve d'ouverture et d'empathie ? Rien n'est moins sûr. Les jeux du pouvoir n'aiment pas qu'on brouille leur partie.

 

Un seul « indépendant » gagna des élections partielles, c'était Aloys Werner en 1981. Il dut s'incliner 1 an plus tard, face au pouvoir des alliances partisanes. Mais je ne juge pas de la qualité ou non de ce monsieur mais du jeu des pouvoirs qui mettent en place des personnes portées par des alliances plus que par leur propre charisme. En l'occurence, comme le souligne un commentaire, cet indépendant fut remplacé par Christian Grobet. On peut aimer ou pas son parti, mais ce dernier était doué d'une capacité de travail remarquable, d'une connaissance des dossiers redoutable et  il était capable d'aller à la rencontre de l'autre, de construire avec et non contre l'autre. Des qualités partagées plus tard par un autre conseiller d'Etat, Robert Cramer. Comme quoi, il n'est pas question ici de couleur politique mais de qualités humaines.

 

26/02/2012

Les loups ... sont entrés dans Genève ... (Post Lucem Tenebrae)

Bubulle .jpgIl m'arrive à moi, Zébulon, petit hérisson en peluche et néanmoins intéressé par la politique genevoise, de reprendre la parole à Christina Meissner sur ce blog. Cela ne m'arrive pas très souvent, mais en général, c'est quand il y a véritablement raison de s'offusquer (je sais, il paraît que s'indigner est plus tendance, mais bon ...).

Cela m'avais déjà pris entre l'élection du Grand Conseil et l'élection du Conseil d'Etat, j'y dénonçais un risque de retour au temps des passions, vieux démon de la politique genevoise de l'entre-deux guerres dont personne n'a à être fier :

Manifestement, mon appel humoristique à dépassionner le débat n'aura duré que le temps d'une hibernation de hérisson. Les vieux démons (et d'autres ...) se réveillent depuis le début de l'année (au petit matin le 1er janvier, dans le secteur de la Jonction, si mes informations hérissonnes et polissonnes sont correctes. ...).

Vendredi soir, les bornes de la décence et de l'irrespect ont été à nouveau largement dépassées lors des débats parlementaires du Grand Conseil genevois. Au-delà de la tempête dans un verre d'eau créée par le lamentable incident entre Eric Stauffer et Pierre Weiss, une seule et vraie question se pose : comment la République et canton de Piogre a-t-elle réussi à tomber si bas en matière de fonctionnement démocratique ? Et surtout, comment  peut-on espérer la voir remonter la pente ?

Lorsque la haine de l'autre, les insultes et les coups se substituent au respect de son interlocuteur, au débat démocratique et à la nécessaire confrontation des idées, le chaos est proche. C'est une ambiance de fin de règne qui prévalait vendredi soir dans notre parlement, en direct sur le net et sur la télévision

Lamentable spectacle, qui ne redonnera pas confiance au citoyen dans ses institutions et encore moins dans la capacité de ses élus à régler les vrais défis de notre temps. De l'économie au logement, en passant par la sécurité et l'éducation, ce n'est pourtant pas le travail qui manque !

La raison de tout cela ? Peut-être est-elle simplement décrite dans la première strophe d'une ancienne et célèbre chanson de Serge Reggiani : « les loups .... », dont les paroles complètes sont en pied de ce blog. (Pour la chanson originale de Serge Reggiani sur le site de l'INA )

Ah oui ... l'embouteillage est un hasard, toute ressemblance avec une situation connue à Genève ne serait que pure coïncidence ...

Pour un ajout à l'exhortation

Manifestement l'exhortation faite par le président du parlement au début de chaque séance, n'est plus suffisante pour que les travaux du Grand Conseil se déroulent avec la sérénité et le sérieux voulus : « Mesdames et Messieurs les députés, prenons la résolution de remplir consciencieusement notre mandat et de faire servir nos travaux au bien de la patrie qui nous a confié ses destinées. »

En conséquence, moi, Zébulon, hérisson en peluche sans droit de vote mais culotté quand même, propose que l'exhortation de début de séance soit complétée lors de la prochaine cession par le chant en cœur par tous les députés de la chanson de Reggiani. Moins de 5 minutes qui peuvent faire gagner beaucoup de temps si cela peut servir à la prise de conscience de l'intérêt général.

respect.pngEt pour terminer, je souhaite plein de courage à  toute l'équipe du Respect, elle a encore beaucoup de travail devant elle ... Sa prochaine action pourrait être de fournir un pull ou T-shirt « Le respect, ça change la vie » à chaque député. Je suis sûr que Christina fera une proposition pour que tous les députés le portent lors de la prochaine cession ... Cela les obligera à se regarder différemment et à réfléchir avant de parler et d'agir ...  pour une fois.

Je retourne me mettre en boule ...

Zébulon, hérisson indigné.

 

 

 

Les loups sont entrés dans Paris

 

Les hommes avaient perdu le goût

De vivre, et se foutaient de tout

Leurs mères, leurs frangins, leurs nanas

Pour eux c'était qu'du cinéma

Le ciel redevenait sauvage,

Le béton bouffait l'paysage... alors

 

Les loups, ououh! ououououh!

Les loups étaient loin de Paris

En Croatie, en Germanie

Les loups étaient loin de Paris

J'aimais ton rire, charmante Elvire

Les loups étaient loin de Paris.

 

Mais ça fait cinquante lieues

Dans une nuit à queue leu leu

Dès que ça flaire une ripaille

De morts sur un champ de bataille

Dès que la peur hante les rues

Les loups s'en viennent la nuit venue... alors

 

Les loups, ououh! ououououh!

Les loups ont regardé vers Paris

De Croatie, de Germanie

Les loups ont regardé vers Paris

Tu peux sourire, charmante Elvire

Les loups regardent vers Paris.

 

Et v'là qu'il fit un rude hiver

Cent congestions en fait divers

Volets clos, on claquait des dents

Même dans les beaux arrondissements

Et personne n'osait plus le soir

Affronter la neige des boulevards... alors

 

Des loups ououh! ououououh!

Des loups sont entrés dans Paris

L'un par Issy, l'autre par Ivry

Deux loups sont entrés dans Paris

Ah tu peux rire, charmante Elvire

Deux loups sont entrés dans Paris.

 

Le premier n'avait plus qu'un œil

C'était un vieux mâle de Krivoï

Il installa ses dix femelles

Dans le maigre square de Grenelle

Et nourrit ses deux cents petits

Avec les enfants de Passy... alors

 

Cent loups, ououh! ououououh!

Cent loups sont entrés dans Paris

Soit par Issy, soit par Ivry

Cent loups sont entrés dans Paris

Cessez de rire, charmante Elvire

Cent loups sont entrés dans Paris.

 

Le deuxième n'avait que trois pattes

C'était un loup gris des Carpates

Qu'on appelait Carêm'-Prenant

Il fit faire gras à ses enfants

Et leur offrit six ministères

Et tous les gardiens des fourrières... alors

 

Les loups ououh! ououououh!

Les loups ont envahi Paris

Soit par Issy, soit par Ivry

Les loups ont envahi Paris

Cessez de rire, charmante Elvire

Les loups ont envahi Paris.

 

Attirés par l'odeur du sang

Il en vint des mille et des cents

Faire carouss', liesse et bombance

Dans ce foutu pays de France

Jusqu'à c'que les hommes aient retrouvé

L'amour et la fraternité.... alors

 

Les loups ououh! ououououh!

Les loups sont sortis de Paris

Soit par Issy, soit par Ivry

Les loups sont sortis de Paris

Tu peux sourire, charmante Elvire

Les loups sont sortis de Paris

J'aime ton rire, charmante Elvire

Les loups sont sortis de Paris...