08/02/2013

Dézoner ou geler la surface constructible ?

La révision de la loi sur l’aménagement du territoire sur laquelle il faudra se prononcer le 3 mars aura pour conséquence le dézonage de 18’000 hectares constructibles (dont 199 à Genève et 2089 pour Vaud). Les collectivités devront débourser 37 milliards de francs en indemnisation. Les communes qui ont « trop » de zone à bâtir devront indemniser les propriétaires pour la perte de valeur de leur terrain, où iront-elles chercher cet argent ? Elles se dépêcheront d’aller le chercher dans le porte-monnaie du propriétaire qui aura la « chance » de conserver sa zone à bâtir mais qui devra construire (c’est une obligation instaurée par la révision de la loi).

La Confédération conteste ces chiffres avancés par les opposants arguant qu’ils datent de 2005 et ne sont plus d’actualité car, entretemps, la population a augmenté de 500’000 habitants et que la construction a déjà réduit la superficie constructible.

Au-delà de cette guerre des chiffres, je retiens qu’il faudra 20 ans pour déterminer les superficies et emplacements des zones à déclasser et trouver un accord avec les communes et les cantons avant que la rectification ne commence (dixit Doris Leuthard).

Les zones actuelles sont surdimensionnées pour aujourd’hui mais certainement pas pour dans 20 ans si la population continue à augmenter. Comme on ne fait rien pour stopper cette augmentation due à la libre circulation et que toute l’Europe est à l’agonie, l’exode se poursuivra en direction du dernier pays parvenant à se maintenir à flots, la Suisse.  Aussi, lorsqu’on sera enfin prêts, dans 20 ans,  à déclasser les zones à bâtir, c’est là où on en aura besoin ! Donc plutôt que de mettre en place une bureaucratie mammouth, de se quereller pendant des années, d’initier des processus d’arbitrage sans fin, mieux vaudrait éviter de s’engager dans un processus mort-né qui nous coûtera extrêmement cher. 

Tant qu’à éviter le bétonnage, ma préférence va à l’initiative pour le paysage qui propose de geler la situation des zones à bâtir. Ni plus ni moins. Nul besoin d'arbitrage ou d'indemnisation. C’est clair et à coup sûr moins coûteux bureaucratiquement parlant mais aussi financièrement pour le contribuable. Je voterai donc non à la révision de la loi sur l’aménagement du territoire.

20/07/2012

Le canton passe en force à Challendin

En matière de conférence de presse, quand les associations appellent à la concertation, aucun média ne s'y intéresse, mais quand l'Etat passe en force, tous se pressent. Le « sang des batailles » fait vendre pas les appels au dialogue. Ainsi, même les propos retenus sont soigneusement triés pour transformer le miel en fiel.

Le nouveau Conseiller d'Etat responsable de l'urbanisme, François Longchamp, a décidé de balayer d'un coup de conférence de presse, le 19 juillet 2012, tout un travail issu de la concertation et d'un processus démocratique. Le choix des moyens et des mots ce jour-là ont été d'une brutalité inouïe pour ceux qui connaissent le dossier. En vérité, le projet immobilier que le magistrat qualifie « des opposants » a été conçu par les propriétaires, les promoteurs, les habitants du chemin de Challendin, les associations locales et la commune tous ensemble. C'est le conseil municipal qui l'a voulu répondant ainsi à la volonté populaire qui avait rejeté le projet de l'Etat. Après  4 mois, de travail en commun, un accord entre tous a été trouvé, garantissant une construction rapide de logements, les opposants potentiels étant ...tous signataires de l'accord.

150 logements « ce n'est pas suffisant » dit le magistrat alors que le projet de l'Etat en compte 227. Mais traduits en termes de mètres carrés, il en va tout autrement et dans un PLQ, faut-il le rappeler, c'est la superficie et le pourcentage et non pas le nombre qui  importe.

Quand le magistrat prétend que le projet « des opposants » a pour seul but d'empêcher la construction, il omet de préciser que les promoteurs  (régie Naef, CGI, etc.) sont signataires de l'accord et il les qualifie donc, de fait, d'opposants à la construction !

Quand le magistrat justifie qu'il  passe en force car il « faut construire pour nos enfants » il se garde bien de dire que ces logements il ne pourra pas les destiner à ces enfants.

Le magistrat prétend qu'accepter le projet des « opposants » obligerait l'Etat à 6 ans de procédure. C'est au contraire en bafouant  un projet soutenu par tous, sauf l'Etat, que ce dernier se tire une balle dans le pied,  déterre la hache de guerre et enterre le logement.

 

08/07/2011

Plan directeur cantonal 2030, la machine de guerre de Mark Muller

Le 8 juillet se terminait l'enquête publique sur le plan directeur cantonal 2030 (PDCn) un document fondamental qui engage l'Etat, les communes et de fait, les genevois qui devront vivre avec jusqu'en 2030. La plupart des genevois n'auront sans doute même pas réalisé qu'ils pouvaient s'exprimer sur ce document qui oriente l'aménagement de notre territoire cantonal soit que construire et où?

Il faut dire que le laps de temps de l'enquête était court, le document volumineux et d'accès difficile pour le citoyen non spécialiste. J'espère pourtant que de nombreux citoyens auront pris la peine de s'exprimer car l'enquête publique est le seul moment durant tout le processus d'adoption où ils pouvaient donner leur opinion.

Si dans le cadre de mon activité professionnelle (www.pic-vert.ch) les observations transmises sont restées très factuelles, à titre personnel, j'ai préféré laisser parler mon coeur et je n'ai pas été tendre avec ce plan directeur dont je n'approuve pas l'objectif prioritaire : accueillir à Genève  + 100 000 habitants (soit 25% de plus qu'aujourd'hui), + 50'000 emplois et logements d'ici 2030 ceci dans le but de rééquilibrer logements et emplois au niveau transfrontalier.

Je ne partage pas l'enthousiasme du PDCn sur la concrétisation des mesures de part et d'autre de la frontière. Nos nations pourtant voisines, n'ont pas la même tradition politique, sociale, fiscale, environnementale, etc. Nous parlons la même langue et adorons d'ailleurs en faire usage, mais la mise en œuvre concertée de solutions partagées est un défi que nous peinons à vraiment vouloir relever et traduire en faits.

Je suis totalement choquée de l'absence au niveau du PDCn de mesures concrètes à mêmes de préserver la biodiversité, de notre canton. Les faits sont pourtant implacables, malgré tous les efforts de renaturation entrepris, la biodiversité ne cesse de se dégrader. Il est évident que +100'000 habitants dans le canton et +200'000 au niveau du bassin transfrontalier vont péjorer notre environnement naturel, épuiser nos ressources et dégrader la qualité de vie de l'ensemble des êtres vivants de notre région.

Depuis 7 ans, je réhabilite les hérissons. Plus d'une cinquantaine par année arrivent épuisés, blessés, empoisonnés et trop souvent mourants. Je constate chaque année à quel point la situation se péjore et je peux même, en fonction de leur provenance, dire où l'environnement se dégrade plus qu'ailleurs. Ils sont le reflet de notre nature mise à mal. Privés de leur habitat par la transformation trop rapide de nos quartiers, assoiffés et affamés par nos pratiques culturales, écrasés par nos véhicules trop nombreux, les hérissons sont chaque année plus nombreux à payer de leur vie notre mode de vie. Et ce que le hérisson subit, la plupart des espèces de notre faune sauvage aussi. Et ce que nous faisons subir à la nature, nous nous l'infligeons à nous-mêmes.

Depuis mon enfance, je vois Genève se transformer, grandir, s'enlaidir, se salir, devenir de moins en moins sûre, de plus en plus chère. La classe moyenne vivait bien, pouvait même se payer une villa, l'argent et les surfaces pour y parvenir étaient encore suffisants. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Quant au PDCn, il stigmatise et vise à déloger la classe moyenne de ces villas, et  il ne prévoit pas de solutions pour reloger ces familles, qui ont travaillé, qui se sont investies et ont cru en Genève.

Cette dégradation des conditions de vie, du pouvoir d'achat, de l'emploi, de la formation, etc. n'est pas une fatalité. Elle est due à l'accueil sans discernement d'un nombre de personnes supérieur à ce que notre territoire peut supporter. Elle est due à des orientations en matière de développement économique qui ne correspondent pas aux qualifications que notre système éducatif pourvoit. Elle est due à des politiques qui ont abandonné leurs citoyens de longue date. Sombre avenir pour nos enfants. Depuis que je suis devenue députée et conseillère municipale, je ne peux que constater, choquée, à quel point il ne s'agit pas là juste d'un « sentiment » mais bel et bien, hélas, d'une réalité. Le PDCn, ne fait qu'amplifier les phénomènes décrits ci-dessus, il ne fait que s'éloigner d'un développement durable, raisonnable, qualitatif et non quantitatif. L'option de base d'accueillir +100 000 habitants à Genève est une erreur. Le PDCn devrait au contraire rechercher les pistes pour orienter la croissance, pour aider véritablement et prioritairement les genevois. Politiquement incorrect ? Euro-incompatible ? J'ose le dire ouvertement, à force d'éviter le risque de toute forme de discrimination, c'est le citoyen de ce pays qui est discriminé.

Le plus fort grief que je formule à l'encontre du PDCn, c'est de négliger totalement l'incidence en matière d'infrastructures, qu'implique la croissance de population annoncée. Nos hôpitaux ne peuvent plus prendre en charge les patients, il faudra donc en construire davantage. Les écoles de la rive droite sont saturées, il faudra en construire de nouvelles. Tous les réseaux (eau potable, voiries, électricité, eaux usées, etc.) sont en limite de capacité, le PDCn ne les mentionne même pas ! Aucune de nos infrastructures est capable de supporter l'accroissement de population annoncé et le PDCn ne parle quasiment pas des infrastructures, c'est inadmissible, irresponsable ! Dans les faits, l'Etat et les communes n'ont pas les moyens de financer toutes ces nouvelles infrastructures en plus des nouveaux logements nécessaires aux 100'000 habitants supplémentaires et notre territoire n'a pas la capacité requise. Pour rappel, les surfaces d'habitat et d'infrastructures utilisées par personne qui étaient encore de 382 m² au début des années 1980, a franchi aujourd'hui le seuil des 400 m²/personne. Ce chiffre est le maximum fixé par le Conseil fédéral dans la Stratégie pour le développement durable 2008-2011. C'est donc 40 millions de m2 qu'il faudra trouver ! Un casse tête et une levée de boucliers citoyens garantis. Ces raisons à elles seules auraient dû amener à orienter la réflexion, le concept et les propositions du PDCn dans une direction toute autre que celle proposée.

Il n'est pas trop tard pour modifier et réorienter le concept, espérons que l'administration dans sa grande sagesse, tiendra compte de l'avis des nombreux citoyens qui auront pris la peine de s'exprimer.

 

 

09/10/2008

PAV, qui croire ?

Comme bien d'autres genevois intéressés par le paysage que nous réserve la ville de demain et notre place dans celui-ci, j'ai fait un tour à la présentation du projet Praille Acacias Vernets (PAV) hier à Uni Dufour.

Allez, commençons par dire merci à notre Julie car c'est bien à elle que l'on doit la série d'articles et la présentation d'hier soir. 

Par contre, je ne suis pas sûre d'en savoir davantage sur le projet après qu'avant la présentation mais là Julie, n'y est pour rien.

A part sur le plan - où par définition il fallait bien positionner les objets et leur affecter une fonction-, à entendre les porteurs du projet, tout était possible sur le périmètre.

Les tours, le principe est acquis mais si vous en voulez plus ?  aucun problème. Les logements prévus sont en nombre insuffisant ? (ça c'est bien vrai), on en prévoira davantage. Le zonage est trop rigide ? on va mixer tout ça. Il faut sortir le traffic du périmètre pour cause de nuisance ? On privilégiera la mobilité douce. Les véhicules des entreprises doivent pouvoir accéder au périmètre pour préserver leur activité ? On en tiendra compte.  L'Etat doit garder la main sur les terrains pour conserver la maîtrise de l'aménagement  mais  a besoin d'argent pour construire donc de liquidité. On y réflechit justement et tout est possible. Il n'y a pas assez de parcs, de places ? En fait, on en fera davantage en fonction des opportunités. Et sortir la Drize et l'Aire de leur galerie souterraine pour couler à l'air libre ? Et pourquoi pas. La culture se sent bien à la parfumerie et rêve d'y rester ? Aucun problème, on prévoit justement le partage de l'espace avec un nouvel hotel de police. Masterplan vous dites ? Au final pour moi, rien n'était clair.

Et je me demande encore comment les porteurs du projet intégreront toutes les idées  issues d'un processus participatif qui semble  lui aussi, bien flou. Reste que nous possédons aujourd'hui un processus participatif bien réel, c'est la votation populaire. Soumettre le projet au verdict du peuple aura le mérite de forcer les porteurs du projet à fixer les grands principes (financiers, hauteur, mixité, affectation) et de légitimer (si le peuple y adhère) la dépense de tant d'énergie et d'argent pour autre chose que du vent.

Zébulon me trouve bien pessimiste, lui, il adore le projet, adore Rodger qui défend les bisons, et dit  que pour que tout soit possible, il suffit de poser les idées les unes sur les autres en mille feuille. Traduit sur le périmètre, celà donne un beau mélange de plein de tout à tous les étages. Par exemple l'eau des rivières en façade s'écoulant à travers des parois végétalisées, des parcs d'agrément au 50ème étage, des serres avec des tomates sur les toits, ou bien des panneaux solaires en façade et des parcs sur les toits. Evidemment lui, c'est la nature qui l'intéresse alors il en met partout, il laissse le soin aux  humains de rêver la place qu'ils se réservent à tous les étages pour travailler, vivre ensemble ou chacun chez soi et surtout pour magaziner. Bref, d'après lui hier soir, nous autres humains manquions sérieusement d'imagination.